Cinq passionnés du breuvage de Bacchus parlent du vin sous toutes ses facettes.
Ne me parlez pas des élections. Mon petit pays qui pourrait l’être moins par son esprit manque de bol, je crois qu’il n’est plus là.
La Belgique, c’est un peu comme un vieux couple, ça se dispute, personne ne sait vraiment pourquoi, mais ça barde, puis ça se tasse jusqu’à la prochaine. Il pourrait divorcer, ce ne serait pas les premiers. Mais, y a ce fichu bâtard, ce bruxellois, fruit de leurs amours égrillardes…
Bon assez parlé, passons à des choses plus sérieuses, à la fois terre à terre et subtilement éthérées.
J’étais invité à un rendez-vous de presse en pleine cambrouse wallonne, pas loin de Huy, mais oui, à la découverte d’un potager. Pas n’importe lequel, celui de Sang Hoon, le chef étoilé de l’Air du Temps à Noville-sur-Mehaigne. Cela ne vous évoque rien, peu me chaut, une leçon de choses ne demande que ressenti.
Me voilà arpentant les allées encore boueuses de cet hectare bucolique attentif aux explications de Ben le jardinier qui nous raconte ses courgettes, striées, colorées différemment, allongées. Croquant à l’envi feuilles et fleurs, hémérocalle, sauge, souci, fanes de carotte au goût de terre que j’aime moins, par contre l’agastache me plaît, elle rappelle le goût des chiclettes de quand j’étais môme, l’herbe à bison possède une curieuse saveur entre la fève de Tonka et l’estragon, par contre c’est coriace. Tout n’était pas encore sorti de terre, juste la pointe des pousses ou rien. Avec pas loin de 400 variétés plantées oui semées, il y a de quoi satisfaire le chef du printemps à la fin de l’automne.
Ben le jadinier et Sang le cuisinier
Mais qu’est-ce qu’il en fait ?
Déjà sur place, Sang nous dresse une ardoise, lui c’est sur une assiette qu’il inscrit notre « pouf » (mot bruxellois pour dire crédit), donc sur une lame de schiste, il dépose légumes travaillés ou natures, pétales délicates, gouttes de sauce, c’est beau et appétissant à la fois. Ça croque, c’est plein d’arômes subtils ou forts, c’est ludique.
Chez lui, dans son resto, légumes et fleurs sont bien plus théâtralisés. Il y propose les Génèses qui mettent en scène les végétaux selon le mois de production. Suivant ainsi à partir de mai le calendrier par nos importations tous azimuts trop oublié.
J’oubliais, Sang Hoon Degeimbre est adepte de la cuisine moléculaire qu’il travaille avec une maestria peu commune et une générosité qui vous voit partir de chez lui les sens satisfaits et l’estomac rempli.
Géneses de l'Air du Temps
Bye
Marc