Cinq passionnés du breuvage de Bacchus parlent du vin sous toutes ses facettes.
-Moi (au marchand de vins) : Combien tu vends cette bouteille ?
-Lui (Jean-Pierre, le marchand): Huit euros.
-Re-moi : J’peux la goûter ?
-Re-lui : Pas de problèmes !
Tout est beau dans cette bouteille, à commencer par l’étiquette qui, même si elle n’a rien à voir avec le Carignan, évoque une méthode ancestrale qui sévit en Roussillon depuis la nuit des temps : celle qui consiste à infliger au vin (doux et naturel) les pires outrages en l’exposant dans une dame-jeanne aux intempéries du jour et de la nuit. Cela donne des vins de Grenache, pour la plupart, Rivesaltes, Maury ou Banyuls au rancio très particulier… Passons.
Les dame-jeannes au soleil du Roussillon…
Rien à voir puisqu’ici le vin est «tranquille», «normal» si vous préférez, c’est-à-dire non muté. J’ai découvert ce flacon lors d’un séjour forcé, mais désiré, au Comptoir des Crus à Perpignan. Tout en me faisant découvrir quelques-unes de ses trouvailles, le patron, Jean-Pierre Rudelle, m’a gentiment laissé abuser de ses installations techniques pour mes séances annuelles de dégustations tous azimuts. Pas d’étages à monter, encore moins à descendre, une armada d’assistants pour m’aider à déballer, à trier, à classer, plus de bouteilles vides, fini les cartons à porter à la déchetterie. Le rêve !
L’équipe for me - for-mi-dable du Comptoir des Crus à Perpignan
Clapotis? Un mot subitement revenu au goût du jour depuis qu’il a été lâché par un certain Nicolas lors d’une interview à CBS pour faire taire des rumeurs, mot que mon Larousse en ligne traduit par «lapping», en anglais. Moi qui pensait que le lapping ne s’appliquait qu’à certaines pratiques dans les boîtes de nuit… Toujours est-il que je ne voulais pas laisser Berthomeau ou Lalau s’emparer du mot avant moi. C’est en touillant le vin dans mon verre que me sont apparus les fameux clapotis. Mon Carignan de la semaine, 60 ans d’âge en moyenne, vendangé à la main (15 hl/ha), pour le quart élevé en fûts de chêne neufs durant 6 mois, est un Vin de Pays des Côtes Catalanes 2007 dont la robe, foncée, presque noire, indique qu’il est toujours dans la force de l’âge. Il est cependant mûr, prêt à boire.
Une fois de plus, le nez s’impose : vieux cuir, terre chaude, senteurs de garrigue après la pluie d’été, il y a comme un souffle d’air qui vient des Aspres voisines, à moins que ce ne soit la tramontane qui, en traversant les Corbières, charrie tous ces effluves maquisardes exacerbées par la macération carbonique. Volumineux en bouche, armé d’une jolie matière assez proche du raisin frais, il est long et parfaitement équilibré. Sur quoi le boire? Un perdreau simplement rôti, ou une grive, avec quelques grains de genièvre. Et encore? Une ou deux côtelettes d’agneau avec quelques fleurs de thym.
Mon Carignan, parmi d’autres échantillons.
Pas très éloigné de la Grande Bleue, le Château de Lacroix, qui ici s’appelle Domaine afin de ne pas porter ombrage à son Côtes du Roussillon, est un vieux monastère viticole flanqué de drôles de petites échauguettes et entouré d’une cinquantaine d’hectares de vignes sur la commune de Cabestany, avec le Canigou pour vigie. Allez le voir sur www.chateau-de-lacroix.fr
Sinon, revenons en au plus important: moi, je suis pour Luce, à la Nouvelle Star. Et vous ?
Michel Smith