Cinq passionnés du breuvage de Bacchus parlent du vin sous toutes ses facettes.
«Je viens d’une région où les hommes claquent la langue d’un air approbateur en avalant une sorte de vitriol vert et acide. Or personne ne peut prétendre honnêtement que le Gros Plant est un bon vin. Je viens d’un pays où les fidèles allaient chercher des chaises dans les cafés pour s’installer au fond de la nef, le dimanche à la grand-messe, où toutes les places étaient prises. Je viens d’une famille de buveurs d’eau. Même si j’ai découvert bien plus tard une carte de la croix d’or où mon père s’engageait à ne plus boire d’alcool. Il n’eut pas longtemps à tenir parole. Il est mort.»
Jean Rouaud est né en Loire-Inférieure quatre années après moi. C’est donc un voisin du Nord qui, comme moi, a fait ses études secondaires dans une boîte catho et a fréquenté le campus de la Jonelière après mai 68 dans une Fac de Lettres que j’ai connu comme un haut lieu du graffiti et de la fornication. Ensuite, petits boulots, pompiste, vendeur d’encyclopédies médicales, puis en 1978 il travaille à Presse-Océan l’ex-Résistance de l’Ouest. Il part ensuite à Paris où il bosse dans une librairie puis comme kiosquier. En 1988, il rencontre Jérôme Lindon des Éditions de Minuit et son premier roman Les Champs d'honneur publié en 1990 aux Éditions de Minuit obtient le prix Goncourt.
Son jugement sur le Gros Plant de sa jeunesse peut paraître dur mais il reflète pourtant la réalité des chopines et des fillettes que «l’on baisait»* dans les cafés après la foire ou la messe en tapant le carton d’une belotte ou d’une aluette (lire: Un vrai jeu de bandits http://www.berthomeau.com/article-5185569.html . C’est donc sur ce terreau que La Croix d’or prospérait et que nos amis prohibitionnistes, avec l’appui des femmes recrutaient leurs troupes (cf. chronique http://www.berthomeau.com/article-534935.html )
* «baiser une fillette» étant l’expression consacrée dans ma Vendée confite de bondieuseries.
Tout ça c’est du passé, et le Gros Plant dont le terroir s’étend sur l’ensemble du vignoble nantais d’Ancenis à Pornic, sur 92 communes et 1400 ha, a fait, comme aiment à le déclarer les présidents face au sous-préfet, « beaucoup de progrès. Son cépage, la folle blanche, s’est raciné au 16ième siècle et c’est l’allure épaisse de son cep qui est à l’origine du nom de l’appellation Gros Plant.
Comme ici je travaille dans une coopérative, même si je suis en cave particulière sur www.berthomeau.com, je sollicite mes collègues qui eux sont «des longs becs et des gorges profondes» patentés de bien vouloir défendre la réputation du « Gros Plant » bafoué par des fils du pays. Allez Jim qu’est 100% Val de Loire, Michel qu’est un fan du Salon des Vins d’Angers, Hervé et Marc habitants d’un pays saucissonné en communautés linguistiques que j’ai rencontré pour la première fois à Angers, à vos claviers. Merci de rajouter depuis notre plate-forme logistique commune le Gros Plant de vos amours. Merci à vous !