Cinq passionnés du breuvage de Bacchus parlent du vin sous toutes ses facettes.
Je n'ai jamais autant parlé de Bordeaux que ces derniers temps.
Mais j'ai une bonne raison: je rentre d'une dégustation des vins de la Baronne Guichard. N'allez pas imaginer une vieille rombière. Sous ce nom se cachent en fait deux jeunes gens, Aline et Paul Goldschmidt - Aline étant l'héritière des domaines viticoles d'Olivier Guichard. Oui, l'ancien ministre du Général.
A savoir: trois vignobles à Saint Emilion (Château Le Prieuré), Pomerol (La Vray Croix de Gay) et Lalande (Château Siaurac).
Enfin, quand je dis héritière, il ne faut pas le prendre trop au pied de la lettre, car du temps de l'illustre parent, qui avait d'autres préoccupations, une bonne partie de la production allait grossir le flot du négoce bordelais.
Mais le jeune couple a crânement joué sa chance, investi, remodelé les vignes, replanté, et réorganisé ses circuits de vente. Ce qui nous vaut le plaisir de les rencontrer de temps à autre à Paris ou à Bruxelles.
Si je vous en parle, c'est non seulement parce qu'ils sont bien sympathiques - authentiques, serait le mot juste - mais aussi parce que je n'ai pas eu l'occasion de descendre à Bordeaux pour les Primeurs. Et leurs trois 2009 sont donc les premiers exemplaires de Bordeaux de ce millésime qu'il m'a été donné de goûter à ce jour.
Résultat de la joyeuse autopsie (réalisée au Seagrill, restaurant étoilé de Bruxelles, il y a donc pire endroit pour exercer ses talents de légiste): pas mal du tout. Fruités, gourmands, friands, les vins ont tout de même assez de matière et de complexité sousjacente pour présager une bonne garde. Mais Dieu qu'ils sont déjà plaisants aujourd'hui... Seigneur, donnez-nous la patience, qui est une grande vertu.
Ah oui, j'oubliais. Il paraît qu'on veut obliger les Goldschmidt à construire un chai à Pomerol s'ils veulent garder l'appellation pour leur Vray Croix de Gay.
Le Pomerol de la Baronne - sans chai, mais pas sans charme...
C'est la politique du syndicat local, qui veut y voir un gage de qualité. Il y a un recours devant le Conseil d'Etat, mais on ne sait pas encore ce que cela donnera.
Moi, je n'ai aucune compétence juridique particulière, aucune attache à Pomerol, aucun a priori. Mais je constate que d'autres Pomerol avec chai sur Pomerol sont... moins bons que celui des Goldschmidt.
Je ne peux pas généraliser à partir d'un seul exemple, mais à qui profite, non pas le crime, mais la nouvelle réglementation?
Pas au consommateur, à l'évidence, puisque la qualité n'en sort pas forcément grandie.
Ni à son portemonnaie. Car qui dit construction de chais dit investissement, qui devra bien se répercuter dans le prix du vin.
Pas à l'environnement non plus, puisqu'on devra bétonner encore un peu pour loger les nouveaux chais.
Quoi qu'il en soit, cette sorte de guerre de religion entre gens "installés" et SDF de la vinif me semble assez mal venue.
D'ailleurs, je ne suis pas le seul à le penser. Voyez ici ce qu'en dit un certain JB.
Hervé Lalau