Cinq passionnés du breuvage de Bacchus parlent du vin sous toutes ses facettes.
Le titre de cette chronique m’est tombé dessus chez les tenanciers de «la Dernière Goutte» (celle qui a tendance à s’épancher sur le caleçon) qui font caviste et aubergiste à «la Boissonnerie», rue de Seine. Quand on s’évapore ça dégage ! Ce samedi à l’heure du déjeuner je me sentais léger. Hervé Lalau en un superbe envoi, plein de fougue et de verve, m’avait conforté dans la chaleur d’une amitié virile. Merci Hervé.
Vêtu comme un quartier-maître je griffonnais sur mon calepin. Le couple voisin parlait vin. Engager la conversation voilà un bon plan. Bonne pioche, le monsieur est un Cruse né au château Rausan-Ségla. Passionnant échange, Pontet-Canet, le grand-père Cruse, une tranche de vie à portée de ma plume. Cap sur l’Ecume des pages, l’un de mes repaires où je caresse les livres ; j'effeure les jaquettes et je croise une toute jeune fille tout juste vêtue d’un pull gris en laine qui découvre plus qu'il ne couvre. Ses bottes grises avec des strass et des lanières complètent ma plongée dans le jardin des délices. Pourtant je m’en extirpe pour aller me poser en la galerie Catherine Houard où la jeune galeriste me tient la jambe avec une assiduité qui me plaît.
Pas question pour moi de pécher, en dépit de ma vêture maritime, je cinglais jusque chez Loft – pas le Loft canaillous – où une kyrielle de jeunes donzelles m’entoura. J’appréciais. L’une d’elle m’offrait un café. Je jouissais. Que voulez-vous, il y a des jours ainsi où le ciel vous envoie des brassées de sourires et de beautés qui vous réconcilient avec le goût de la vie loin des bonnets de nuit. Encore merci Hervé, belle plume !
Reste qu’il me fallait donner du corps à cette chronique au titre accrocheur. Ce que je fis une fois entré at home en plongeant dans le vocabulaire grivois dont le Robert dit «d’une gaieté licencieuse un peu hardie», j’écrirais gaillarde. De celle qui déstabiliserait les permanentes de ces dames et les brushings de ces messieurs qui, à juste raison, trouvent que j’ai des manières de mauvais garçon. «Ça ne se fait pas !» restant leur credo qui ne les empêche pas de faire mais sans que le bon peuple ne le voit. Hypocrisie petite bourgeoise, celle qui faisait les délices de Claude Chabrol qu’habite maintenant au Père Lachaise. Donc, pour parfaire mon image d’infréquentable j’ai choisi une expression grivoise de jadis: Huile de Reins.
Qu’est-ce donc que l’huile de Reins, selon Oudin? C’est une expression de la même espèce que le vin de Reins ou de Rains (ancienne orthographe de Reims)
"Vin de Rains est vin de luxure
Qu’on vend sans poix et sans mesure" Jean Molinet 1480
Oui l’huile de Reins, c’est la semence, le foutre selon Oudin, celui qui écrivait «Bon vin, bon éperon»
"Il vous fault de l’huile de rains,
Par ainsi vous serez guarie
Et puis prendre la raverdie
Avecques quelque verd gallant".
Farce de Tout Mesnage, v. 1500
Jacques Berthomeau