Cinq passionnés du breuvage de Bacchus parlent du vin sous toutes ses facettes.
Vendredi dernier, une bande de vignerons est venue me voir à deux pas du Centre du Monde si cher à Dali. Oh, ils n’étaient pas nombreux. Une demie douzaine de filles et de gars rassemblés par un solide gaillard de Fitou dont les vins commencent à faire parler d’eux. J’adore ce genre d’initiatives qui part d’une idée simple, celle de se faire connaître au culot sans passer par les réseaux habituels, les attachés de presse, les syndicats, les comités. C’est économique, sincère, efficace et cela permet de nouer des contacts pour l’avenir. En bonne intelligence, donc, le sieur Laurent Meynadier (c’est lui qui est à l’origine de cette visite), vigneron de son état, a rassemblé avec son épouse Marie (ICI) quelques copains, collègues et voisins qui, eux aussi, n’ont pas froid aux yeux.
Non contents d’accepter mon invitation de venir boire l’apéro chez moi, ils m’ont fait la surprise de m’inviter à dîner dans mon restaurant favori, le Garianne, encore plus près de la gare. Il y avait un jeune de 20 ans, Maxime, représentant de la famille Coteill avec deux millésimes de Fitou, la plus ancienne (1948) appellation rouge du Languedoc. Leur Domaine La Garrigo (ICI), un peu plus de 3 ha au-dessus du Château d’Aguilar, ruine Cathare que les amateurs connaissent, est le plus petit de l’appellation et par la même occasion l’un des plus élevés (380 m d’altitude). Il y avait aussi un couple adorable, la blonde Carolyn et le brun Nikolaus, déjà encensé dans mon épisode n° 3 de Carignan Story (LIRE ICI) pour leur désormais fameux « Roi des Lézards », un Carignan d’exception. Un autre couple, toujours dans le même secteur de Fitou, mais vinifiant aussi en Corbières et en vins de pays, était de la partie : Pierre et Mireille Mann, Alsaciens récemment installés au Mas des Caprices (ICI). Mais seule la blonde Mireille a pu se déplacer laissant la garde des enfants à son mari. Telle va la vie dans le vignoble moderne !
Tous les vins présentés étaient excellents, précis, sans défauts. Seuls quelques «bruts de cuve» laissaient à désirer, mais cela est normal, surtout avec la chaleur ambiante de ce vendredi de fin juillet. Vous trouverez ci-dessous mes commentaires un peu décousus car notés sur un bout de papier entre deux plats. N’hésitez pas, si vous êtes en vacances dans le coin à aller leur rendre visite. Leurs domaines sont tous à proximité de la mer et ce sont des gens authentiques, comme je les aime.
-IGP Aude 2009 « GrisGris » Mas des Caprices. Un superbe blanc de grenache gris avec un petit coquillage en guise de grigri. Large, frais et sec, à boire à l’apéro ou sur des grillades de poisson.
-Vin de Pays des Côtes Catalanes 2008 « Cool Moon » Domaine Les Enfants Sauvages. Une mise en scène réussie des deux grenaches (blancs et gris) élevés en barriques remarquablement adapté à la cuisine épicée.
-IGP Aude 2009 «RAS» Mas des Garriques. Très efficace petit rouge d’été rassemblant les jeunes vignes du domaine. Dense et fruité.
-Fitou 2007 «Le Lien des Saisons», Domaine La Garrigo. Aucune puissance excessive en dépit de la dominante grenache noir (60 %, le reste en syrah et carignan), beaux tannins, jolie texture, fruit intacte, fraîcheur aussi. Le 2005 est encore plus épanoui, plus majestueux.
-Fitou 2009 «Oufti !» Mas des Caprices. Très grenache noir, souple, facile, gai et chaleureux.
-Vin de Pays des Côtes Catalanes 2007 « Le Roi des Lézards ». Carignan en diable, amplitude, puissance, complexité, élégance naturelle.
-Fitou 2008 «La Tina», Château Champs des Sœurs. Aux deux tiers composé de carignans non éraflés, c’est très frais, dense, profond et plein de peps. Connus pour leur cuvée «Bel Amant», les Meynadier nous préparent une nouvelle cuvée « Retour aux Sources » 2009 du tonnerre: il s’agit d’un assemblage au tiers de grenache, syrah et carignan, tous plantés sur schistes.
-Vin de Table 2007 «Lady M», Château Champs des Sœurs. Tout simplement superbe, marqué par un beau botrytis (80 %), ce vin blanc "issu de raisins passerillés" est d’un équilibre parfait (150 g de sucres).
Michel Smith