Cinq passionnés du breuvage de Bacchus parlent du vin sous toutes ses facettes.
Gérard Bertrand a le vent en poupe. Avec 10 millions de bouteilles exportées chaque année dans 65 pays, une nomination comme «European Winery of the Year» dans le magazine US "Wine Enthusiast", il commence sérieusement à faire des envieux.
Normal. Physique de playboy, allure svelte, décontractée et sportive, des amis dans le showbiz et dans le monde du rugby, une entreprise viticole performante qui positionne le Languedoc haut et loin dans le monde, un hôtel, un restaurant, un festival, beaucoup de vignes dont certaines dans des paysages de rêve, Gérard a tout pour plaire. Au point qu'on voit son nom et sa tronche de bon camarade un peu partout, dans les aéroports comme dans le métro Parisien ou le tube Londonien, toujours au «bon endroit au bon moment», comme titrait l’ami Berthomeau dans l'une de ses récentes chroniques.
Son slogan, «L’art de vivre des vins du Sud», est simple, certes, mais il se voit et il frappe juste là où il faut. Avec une telle devise et son nom toujours bien en vue sur l’étiquette et sous la croix languedocienne, il ne lui restait plus qu’à présenter un bon vieux Carignan à sa carte. C’est chose faite désormais avec le 2008 que je viens de goûter.
Il est vrai que Gérard ne manque pas de Carignan, lui qui habite les Corbières où la plupart des grands noms d’aujourd’hui doivent leur réputation au vilain cépage que l’on s’empresse d’arracher depuis quelques années pour le remplacer par de la syrah et du mourvèdre. La propriété familiale, le Château Villemajou, possède encore un grand nombre de ces vieux ceps taillés en gobelet (en 2005, ils entraient pour 48% de l’encépagement d’un cru tiré à plus de 100.000 exemplaires) et son grand vin, "La Forge", n'en manque pas non plus. C’est une chance pour Gérard que de posséder un tel patrimoine. Espérons simplement qu'il aura la sagesse de ne pas les arracher. Va-t-il même replanter du Carignan comme d'autres commencent à le faire? C’est une question que nous verrons avec lui le jour où j’arriverai à l’attraper entre deux jets en partance pour l’Asie.
Un Carignan Vieilles Vignes, Vin de Pays de l'Aude 2008, à la robe pourpre moyennement soutenue, au nez de pruneau et de figue, souple et sans fards en bouche, simple et facile d’approche, doté d’une bonne longueur et de tannins fondus quoiqu’un peu secs en finale. Idéal sur des brochettes de porc et de rognons ou sur une hampe de boeuf bien saignante. Pour info, ce vin est commercialisé au prix de 6,50 € départ cave. Et il est nettement meilleur dès sa sortie du frigo, servi dans un grand verre.
Michel Smith