Cinq passionnés du breuvage de Bacchus parlent du vin sous toutes ses facettes.
Pardonnez par avance cette chronique un peu rapide pour cause de vendanges perso.
Bu en introduction et en compagnie des premiers associés Parisiens venus pour couper le raisin dans les Aspres, un divin Rielsing 2004 «Les Écaillers» de la maison Léon Beyer. Vin modèle - pour ne pas dire d’école - épanoui et précis, il ne demandait qu’à s’ouvrir, ce qu’il fit avec aisance dans nos larges verres. Au passage, merci, cher Marc Beyer, de m’avoir offert un jour de saisir cette chance de goûter ce vin inoubliable : il prépare avec bonheur la bouche et l’esprit à la découverte du petit joyau carignanesque que je viens de découvrir à une trentaine de kilomètres de chez moi et que je vais tenter de vous présenter.
Le nom est Ribérach, domaine Ribérach. Le siège est à Bélesta dont l’ancien nom, justement, était Ribérach. Ici, en plein pays des Fenouillèdes, on dit Bélesta-de-la-Frontiera car jadis, entre vallée de l’Agly et vallée du Tet, la frontière qui séparait l’Aragon de la France passait par là, comme en témoignent les bornes de granit dressées dans la campagne et le nom d’un autre village proche, Latour-de-France où nous attendent d’autres carignans. D’un côté, l'Espagne où l'on parlait le Catalan, de l’autre le pays « gavatx », prononcez « gavatche » où l'on parlait l'occitan... du moins c'est ce que j'ai compris.
Bélesta-de-la-Frontière, étonnant village des Fenouillèdes.
Aujourd’hui, le village est toujours veillé par les restes d’un vieux château restauré, mais aussi par la masse d'un Canigou omniprésent dans ces contrées. Quelques touristes vagabonds viennent s’y perdre, un intéressant musée se visite, un hôtel audacieux achève de se construire dans la cave coopérative réhabilitée qui abrite aussi les caves de ce domaine dont je vous reparlerai plus en détail dans un autre « post » où je vous présenterai les rouges. Car figurez-vous que les propriétaires du Domaine Ribérach,dont l’escargot illustre les étiquettes des vins, possèdent non seulement du Carignan donnant des raisins rouges et blancs, plants déjà rencontrés ailleurs en Languedoc et en Roussillon, mais aussi du gris, un raisin qui me paraît beaucoup plus rare.
Ribérach, installé dans une partie de l'ancienne cave, donne des vins que semble apprécier le journaliste Patrick Fiévez...
Un gris qu’ils isolent du reste pour vinifier un remarquable blanc à la robe dorée. Ce Vin de pays des Côtes Catalanes, issu d’une vigne plantée en 1905, toujours complété dans son assemblage final par l’apport d’un peu de carignan blanc, s’appelle «Hypothèse». La version 2009, goûtée en compagnie de Patrick Fiévez (encore un journaliste belge), un connaisseur, est commercialisée à 24€ la bouteille et il vaut son pesant de petit gris si possible grillés lentement à la braise des sarments. Charnu, gras mais joliment charpenté, intensément pur, ce vin peu commun offre l’avantage de s’achever sur une note de fraîcheur langoureuse. À défaut d’escargots, testez-le sur des anchois frais pas trop marinés, à peine cuits par les grains de sel. Vous ne le regretterez pas.
Et à propos de gastéropode, puisque c’est l’emblème de Ribrach, prenez le temps de relire ce qu’écrivait sur le sujet l’érudit vigneron de Vingrau, à quelques collines de Bélesta, j’ai nommé Hervé Bizeul (ICI).
Michel Smith