Cinq passionnés du breuvage de Bacchus parlent du vin sous toutes ses facettes.
Eh oui, ce vin a du tempérament, du relief, du poids. C’est un gagnant. Il a la niaque, ou la gnac si vous êtes Gacon, en ce sens qu’il agit un peu comme une morsure bienfaisante. Robe noire et nez minéral, on sent le poivre doux, on devine aussi le schiste chaud à plein nez, puis des notes de café et enfin de gibier. En bouche, l’attaque est souple mais puissante, avec une tonalité rustique qui n’est pas faite pour me déplaire, une bonne texture tannique où l’on retrouve la fameuse « niaque » du début et un aspect un tantinet sec, un peu terreux en finale. Cela donne envie d’aller plus loin, d’attendre encore, de le ranger en cave avant de lui faire subir un joli sort avec des amis sur une belle viande saignante, un magret de canard bien cuit sur la peau et quelques cèpes que l’on commence à voir sur les étals des marchés du Sud.
Je voudrais bien ne pas y songer, mais c’est ainsi : depuis que j’ai revu Faugères (voir un de mes articles précédents), j’ai comme qui dirait attrapé le virus. Je me suis converti au goût du schiste. Pas facile à aborder au début, c’est fou pourtant comme on s’y fait. Euh, c’terroir là, m’sieurs-dames, eh ben j’lai dans la peau ! Au passage, j’ignore pourquoi subitement je me mets à employer ce langage gouailleur. Peut-être l’aspect rustique de tout à l’heure, à moins que ce ne soit la rocaille schisteuse. Tenez, allez-y voir !
Ce Faugères, donc, est un 2007, cuvée « Le Penchant du Cerisier », de la Grange d’Aïn. « Le cerisier trônant sur ce coteau ensoleillé, avec ses vieux carignans en gobelet, procure à cette parcelle un air désuet...», raconte Cédric Saur sur la contre étiquette. Comme il ne peut le déclarer Faugères avec cent pour cent de carignan, il s’est résolu à accorder à son assemblage 20 % de grenache noir. Bon, moi, décret ou pas (sous réserve d’être démenti par Jacques Berthomeau, il me semble que le décret concerne surtout les vignes « plantées » et non ce qu’on met dans une cuvée), il y a longtemps que j’aurais mis la totalité de la cuvée en Carignan tout en disant qu’il y a quand même du grenache... pour être réglo. Mais c‘est une autre histoire.
L’auteur de cette jolie cuvée, Cédric Saur, 36 ans, qui s’est occupé longtemps de la propriété familiale, le Château Haut-Fabrègues, à Lenthéric, a fondé à proximité un domaine de 10 ha baptisé La Grange d’Aïn, propriété qu’il cultive en biologie. Ses vins commencent à attirer pas mal d’adeptes. Le Faugères qui nous intéresse est autour de 14 €. A vous de le contacter au 04 67 09 35 84 ou via son courriel : cedricsaur@hotmail.com
Michel Smith