Voici, pour les non-anglophones, mais aussi pour le plaisir de vous en parler moi-même, une petite éxégèse perso du texte de Jim publié mardi sous le titre "The End Of Vin Britannia?". Vos réactions sont les bienvenues.
On pense toujours, dans certains cercles d'initiés, que la Grande-Bretagne est une sorte de Mecque de la presse du vin, dont les Prophètes s'appellent Hugh Johnson, Oz Clarke et Jancis Robinson.
Il semble que cette belle image appartienne au passé.
Comme le faisait remarquer Jim, bon nombre de journaux britanniques stoppent leurs chroniques vin, ou remplacent les titulaires salariés de leur rubrique vin par des free-lances, et pas toujours des journalistes, plutôt des sommeliers vedettes, des "peoples". Malheureusement, la course à l'audience ne va pas forcément dans le sens de la qualité des chroniques.
En parallèle, les éditeurs spécialisés dans le vin semblent de moins en moins innovants, préférant soit rééditer de vieux ouvrages, soit faire appel à des vedettes qui n'ont pas toujours le sens voulu de la déontologie. Ainsi, une affaire récente, celle du guide d'achat de Matt Skinner, pris en flagrant délit de commentaire... de vins non encore produits. Le pire étant la ligne de défense adoptée par son éditeur: grosso modo, "Les commentaires de Matt ne sont pas à ce point précis qu'on ne puisse les utiliser pour plusieurs millésimes". Pourtant, le livre, lui, est réédité chaque année et un millésime différent du vin figure à chaque fois!
Mais le plus drôle, et le plus illustratif de la dérive de la presse britannique vers ce que l'on ne peut qualifier autrement que de l'amateurisme, c'est chez Mitchell Beazley qu'on doit le chercher. Savez-vous que pour la couverture du guide de Rosemary George, "The Wine of the South of France, From Banyuls to Saint Raphael", l'éditeur n'a rien trouvé de mieux qu'une photo... de la Montagne de Corton, en Bourgogne. Mais comme on dirait aujourd'hui, "Where the fuck is Corton"?
Et puis sommes-nous si sûrs que cela ne pourrait pas arriver chez nous?
Ceci me fait penser à une phrase de Clemenceau: "La guerre est une chose trop grave pour être confiée à des militaires". On croirait qu'aujourd'hui, la rubrique vin peut être confiée à n'importe qui, sauf à de vrais journalistes.
Dites-moi que je me trompe!
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