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POURQUOI CE BLOG?

Ce blog est né de l'heureux hasard d'une rencontre, en 2010, au Salon des Vins de Loire d'Angers, autour d'un verre de rosé de Bourgueil - celui de Pierre Jacques Druet. Il y avait là cinq "plumitifs" du vin. Le rosé aidant, l'idée a germé de créer un espace commun.
Parce qu'à cinq, on peut aborder plus de thèmes.
Parce qu'on peut débattre.
Parce qu'on peut partager. Des coups de coeur, des coups de gueule, de l'expérience.
Et qu'est-ce que le vin sinon une boisson de partage?
De ces cinq, certains sont déjà des blogueurs confirmés, d'autres non.
Comme il y a les 5 sens, il y  a maintenant les 5 du Vin.

Les 5 du Vin

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David Cobbold (Eccevino) est le plus français des journalistes anglais du vin, ou vice versa. Il a reçu en 2011 le Wine Blog Trophy pour  son blog, More than Just Wine.

Jim Budd, sujet de sa Gracieuse Majesté, est journaliste pour diverses revues britanniques. Amoureux des vins de Loire, il leur consacre un blog, Jim's Loire, primé en 2009 du Wine Blog Trophy.

Hervé Lalau est un journaliste français écrivant pour diverses revues et sites français, belges, suisses et canadiens. Son blog "Chroniques Vineuses" lui a valu le Wine Blog Trophy en 2010.

Michel Smith, PourLeVin, est un journaliste français établi en Roussillon, travaillant pour diverses revues et guides en France. Il s'intitule lui-même "Journaliste en Vins et autres Plats de Résistance".

Marc Vanhellemont est un journaliste belge travaillant pour divers magazines en Belgique et en France. Incontournable, sauf par la face nord.

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4 juillet 2010 7 04 /07 /juillet /2010 11:29

Pour situer au mieux le domaine qui nous intéresse aujourd’hui, la couverture du dossier de presse affiche une mappemonde. À gauche comme à droite, une grosse tâche représente d’un côté les USA, de l’autre l’Australie, deux pays où les propriétaires du Domaine de Nizas tiennent à nous signaler qu’ils sont déjà présents. Au milieu, une minuscule tâche représente la France avec une flèche qui mène aux rives du bassin Méditerranéen. «Nizas est sur le chemin d’un grand pionnier de viticulture», commence à nous raconter le texte glorieusement titré : «Nizas, le rêve Français d’un pionnier Américain». Un énième slogan allez-vous penser ?

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Nizas, commune d’un demi millier d’habitants nichée dans l’arrière-pays de Pézenas et de Montagnac, non loin de Caux, à portée de vue des étangs où l’on élève la fameuse huître de Bouzigues. Nous sommes sur les hauteurs – enfin, à l’échelle locale, bien entendu, c’est-à-dire autour de 150 mètres d’altitude – et ce peu d’altitude se ressent dans le vin. Car ici, été comme hiver les nuits sont froides et au mieux elles sont fraîches. Le calcaire est très présent ce qui explique que l’on trouve des restes d’anciens fours à chaux, des capitelles (constructions archaïques de pierres sèches servant d’abri aux bergers) des bois de chênes verts et des touffes de thym à gogo. Mais la géologie n’est pas aussi uniforme qu’il n'y paraît. On trouve aussi des coulées de basalte, du grès, du schiste, des alluvions, des galets roulés à profusion issus du villafranchien… Le secteur bénéficie d’une appellation récente (2007) Coteaux-du-Languedoc-Pézenas (vins rouges) et il est connu aussi pour sa Clairette du Languedoc, appellation que j’affectionne puisqu’elle est née 6 jours après moi, le 12 Avril 1948. Certains domaines ont déjà acquis leurs lettres de noblesse: Belles Eaux, Les Aurelles,  La Condamine Bertrand, Pech Rome, Lacroix Vanelle, Le Fesc, Durand-Camillo, St-Jean de Bébian, Stella Nova, etc. Pour les détails, consultez le site ICI.

Comme toujours dans le régime des appellations où tout est codifié à outrance, le roturier Carignan est considéré sinon comme indésirable, en tout cas incapable de représenter à lui seul une cuvée Pézenas digne de ce nom. Tant pis s’il est âgé, peu productif et planté sur son terroir de prédilection, on l’accepte à la rigueur s’il est associé au Grenache, au Mourvèdre et à la Syrah. Comme à Montpeyroux (voir Carignan Story n°20), il faut des vignerons décidés et têtus pour que le Carignan ait une chance d’exister. C’est le cas ici avec deux investisseurs d’outre-Atlantique, John Goelet et Bernard Portet. Tous deux sont liés au Clos du Val, l’un des premiers domaines dignes de ce nom créé en Californie dans les années 70, domaine qu’ils ont bâti de leurs mains avant de s’aventurer en Australie, à Taltarni (Victoria) et Clover Hill (Tasmanie).

Amateur d’art, John descend en direct d’une vieille famille de négociants Bordelais, les Guestier, quant à Bernard, il est le fils d’un ancien régisseur de Château Lafite. Ils ont pris possession du domaine en 1998 sans tambours ni trompettes et, rien que pour cela, ils méritent notre estime. Songez qu’ils ont attendu plus de dix ans avant de faire parler d’eux. Pragmatiques, les Californiens ont sagement mis en place deux hommes de confiance sur ce domaine de 65 ha, dont 45 ha en production), Bernard Meunier et Arnaud Deville.

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À Nizas, on cultive une certaine forme d’élégance « à la Française » et cela se ressent dans le style des vins. Rien n’est brutal dans ce pur Carignan 2007 Vin de Pays de Caux. Merci au terroir, au cépage – les vignes ont plus de 60 ans - et aux conditions climatiques, c’est en effet la fraîcheur acide, la belle acidité en quelque sorte au contraire de celle qui agresse la bouche, qui domine et cela a pour avantage de ne point fatiguer le palais. Macération carbonique (grains entiers) pour 90 % de la cuvée, élevage de 8 mois en cuve, pas de pigeage, pas de remontage, réintégration du jus de presse, le fruit est bel et bien présent sur un registre cerise, mais sans emphase et avec un léger manque de pureté et de maturité probablement lié au millésime. Goûté sur un chocolat noir, à 70 % (équitable of course, et au quinoa soufflé!), ce match dû au hasard, sur fond de wuwuzelas, est assez séduisant : les tannins du cacao l’emportent un peu, mais ils semblent inviter le vin qui, de son côté, cherche à balayer le palais non sans fermeté, mais avec classe. Son prix? Juste un poil en dessous de 12 € départ cave TTC. Pour le reste, allez voir ICI

Michel Smith

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27 juin 2010 7 27 /06 /juin /2010 00:00

Il y aurait des tonnes à écrire sur le vigneron. Sylvain Fadat a démarré dans l’indifférence la plus totale à la fin des années 80 avec un BTS viti-oeno en poche, 70.000 F, deux citernes de camion, un groupe de froid et quelques amis fidèles. Sans oublier 4 ha de vignes, dont 3,5 ha d’un Carignan cinquantenaire qu’il savait exceptionnel et qu’il aurait arraché, comme d’autres à l’époque, s’il n’avait pas écouté sa conscience.

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Première médaille d’or avec le millésime 1990 pour un vin baptisé « Le Carignan » vinifié en plein air et vendu toujours un poil plus cher que son Coteaux du Languedoc « classique » histoire de faire un ultime pied de nez aux « appellationnistes » qui refusent toujours et encore l’AOC à l’un des seigneurs du Midi. Depuis plus de 20 ans, aux pieds du Larzac comme ailleurs, le vieux Carignan a pourtant fait ses preuves.

Je reviendrais plus en détail – et je l’espère en une verticale – sur cette cuvée aussi magistrale qu’inflexible car, à mes yeux, elle devrait servir de référence à tous ceux qui aujourd’hui abordent ce cépage avec curiosité.

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J’ai volontairement gardé plusieurs millésimes de ce vin, grâce à la complicité de son auteur, et je ne me lasse pas, de temps à autre d’en ouvrir un flacon histoire de le surprendre dans son évolution. Le dernier en date, un 1995, faisait preuve d’une revigorante jeunesse. Robe intacte sans traces de vieillissement, droit, bien épaulé en bouche, structuré, complet, ce Vin de Pays du Mont Baudile tiré à 12.000 exemplaires et 700 magnums est un petit monstre de finesse qui se conserve aisément 48 heures une fois entamé. Délicieux sur un petit gibier, genre grives ou bécasses. Le 2008 est aujourd’hui commercialisé à 15 € mais il reste à la vente un 1998 à 27 €. Allez rendre visite à ce personnage cet été, vous ne le regretterez pas. En outre, il vient d’ouvrir des gîtes (ICI) à deux pas de la cave !

Michel Smith


 

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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 12:00

C’est un lieu magique, un des premiers qui m’ait interpellé alors que dans les années 80 je découvrais, émerveillé, ensorcelé même, le massif des Corbières. Je sais, on va encore dire que j’exagère. Mais je vous jure que c’est vrai: je suis tombé en arrêt devant cette haute pinède (la Pinada) aujourd’hui considérée comme le fleuron du cru Boutenac, qui domine deux domaines viticoles réputés et réunis depuis peu, les Ollieux tout court et les Ollieux Romanis, les deux châteaux se regardant presque en chiens de faïence forcés qu’ils étaient de partager la même cour, le terroir et la grandeur du site. La colline des Ollieux tient son nom de la forte présence d’oliviers au temps jadis. Beaucoup furent décimés lors du grand gel ravageur de 1956, hormis quelques magnifiques spécimens que l’on contemple tel des reliques. L’olivier figure sur l’étiquette des Ollieux Romanis où il s’emble jaillir d’une couronne dorée.

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J’ai toujours aimé venir aux Ollieux où Jacqueline Bories, en maîtresse femme, avait compris très tôt l’importance du terroir qu’elle avait racheté à sa marraine avec l’aide de son mari, François, notaire du côté de Béziers. Pour ses vignes, elle avait abandonné son métier de médecin et était retournée à l’école telle une jeune viticultrice. Par dessus tout, elle avait compris l’apport qualitatif que ses vieilles vignes apportaient dans l’édification du vin. Aujourd’hui, c’est son fils, Pierre, qui a pris le relais, aidé de ses sœurs, Aude et Florence. Lui se destinait à la haute finance et, comme sa maman, il a tout plaqué pour se consacrer corps et âme au Château Ollieux Romanis. Heureux jeune homme qui a compris qu’un grand Corbières sans carignan ne saurait être digne de l’appellation. Futé, il a même été un des premiers à en replanter plus de 5 hectares au début des années 2000.

 

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Avant cette plantation, le brave carignan, qui occupait presque le tiers de la superficie du domaine – 20 ha sur 56 ha –, pouvait être considéré comme « extra vieux » puisque les plus jeunes avait 50 ans et les plus vieux au-delà de 115 ans ! Le vieux carignan occupe une place de choix dans la cuvée « Prestige » en Corbières, par exemple, mais Pierre a choisi de continuer l’œuvre de sa mère en offrant aux fans des Ollieux et en série limitée (entre 4 à 5.000 bouteilles, entre 15 et 20 €) deux cuvées spéciales en Vin de Pays de l’Aude : l’une Carignan, l’autre issue d’un très vieille vigne d’Alicante. Même si l’Alicante donne un vin rare représentatif d’une époque révolue, c’est le Carignan qui retient l’attention.

 

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Il est vinifié classiquement dans une cave pur jus début du siècle dernier qu’il faut demander à visiter. Robe pourpre bien soutenue, élégance au nez avec des effluves sauvages et boisés qui évoquent la garrigue, grande finesse en dépit d’un bel équilibre, un peu sec, peut-être, mais aussi plein de sève et de matière. Équilibré, frais et minéral en bouche, c’est un vin qu’il convient de boire frais. Je sais, je me répète, mais c’est bigrement important pour saisir toute la minéralité du vin. Pour d’autres détails, aller sur www.chateaulesollieux.com

 Michel Smith

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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 00:01

Depuis le temps que je dis qu’il faut se la jouer slow, ne jamais se précipiter. Surtout avec le vin. Goûté dans sa prime jeunesse ce Carignan, « Crinyane » en Catalan du nord, millésimé 2006, me paraissait lourd et quelque peu monolithique. Direction un coin caché de ma cave en espérant le sortir plus tard et découvrir par le génie du temps des choses insondables dans l’immédiat. Pourpre et sombre, bouche équilibrée, on ressent encore une fois, quelques mois plus tard, l’acidité légendaire, les notes cuites du raisin flétris par le vent donnant au passage ces arômes typiques de raisins passerillés. Et puis, il y a ces insondables notes torréfiées qu’affichent parfois certains banyuls un tantinet frondeurs. Au final, le vin est fondu en bouche, corsé, chaleureux (14 ° affichés) en laissant le sentiment qu’il lui manque encore un  peu de temps pour s’épanouir pleinement.

 Domaine-Singla-La-Crinyane-copie-1.jpg 

Une fois de plus, vous ne serez pas surpris que l’auteur de ce vin soit un personnage singulier. Je ne vais pas vous raconter sa vie, mais sa destiné, en dépit de ses études, lui désignait l’objectif terre. Première logique pour Laurent de Besombes-Singla, passer au mode bio, ce qui fur fait en 2001. La Crinyane est pour ainsi dire un « cru » au sens que lui attachent les Italiens. Un lieu de terre rouges ceint de garrigue et de pinède sur les premières pentes des Corbières d’où l’on domine la plaine, les marais pour la Grande Bleue, avec les Albères pour toile de fond. Le lieu est aride et sauvage.

 Laurent-de-Besombe-Singla-copie-2.JPG

Les vignes ont 55 ans d’âge et, très officiellement pour cause d’appellation, il y aurait un dose npn négligeable de grenache noir, avec des rendements classiques pour le Sud des fous, autour de 15 hl/ha. Raisins récoltés en cagettes de 7 kg après des tris sévères à la vigne, les baies sont déversées intactes et par gravité puis légèrement pigés au quotidien. S’ensuivent 13 mois de fûts (à 30 % neufs), aucun collage, aucune filtration.

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Tiré à 4.000 exemplaires, le vin est commercialisé sur place autour de 15 € la bouteille.

Michel Smith

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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 12:00

Non, il ne s’agit pas du passage du Tour de France, lequel je crois bien, ne s’est pas encore aventuré dans ces paysages sauvages de la vallée de l’Agly où chaque montagne annonce l’amorce d’une mystérieuse vallée. Bastion ultime avant l’Aragon, au moyen âge la tour du château aujourd’hui ruiné permettait de surveiller la frontière. Entre Corbières et Fenouillèdes, c’est dans ce village éminemment vigneron posé sur un méandre de l’Agly que s’est installé Jean-Louis Tribouley. Il suffit de survoler les alentours par satellite interposé pour s’apercevoir que les vignes sont encore, malgré les arrachages, présentes presque partout autour du village. Elles l’étaient encore plus si l’on en juge par les traces de sentiers et de délimitations qui criblent la colline au nord du village, entre l’Agly et la D.79. Je vous invite à aller voir cela sur le site  Histoire du Roussillon  un lieu fort bien documenté. Moi, ça me fascine...

Dans ce décor de western médiéval, sec au possible, prenez une vigne orientée plein sud sur une terre de gneiss plantée de vieux pieds de Carignan. Une chose est sûre : vos rendements n’auront rien à voir avec ceux du Médoc. Venu du Nord avec ses 40 ans, beaucoup de volonté et un peu de sous, Jean-Louis Tribouley, installé depuis 2002 après une bac pro à Beaune et une année chez Gérard Gauby, s’est vite fait connaître à mes papilles pour sa cuvée « Les Copines ». Il s’agit d’un Côtes-du-Roussillon du genre jouissif où le carignan est déjà présent à 80 %, associé au grenache. Au passage, signalons que ce vigneron fait partie de mon Top 50 des meilleurs vins bio du Languedoc et du Roussillon qu'un jour je publierai sur mon tout nouveau blog PourleVin.

 Carignan08Tribouley-JPG

Mais depuis le millésime 2007, le gars produit dans la discrétion une cuvée découverte, il y a peu, au hasard de la lecture d’une carte de restaurant, Le Garianne, à Perpignan, lieu déjà vanté dans ce blog. Comme quoi, on a beau habiter le département des PO et faire croire que l’on sait tout… Bref, « Elepolypossum » est le nom de la cuvée et seul Jean-Louis est capable de vous expliquer sa signification. Il s’imprime sur une étiquette colorée plutôt dans les bleus signant cette cuvée vinifiée le plus simplement du monde (levures indigènes, cuvaison courte) et ne dépassant guère les 2000 exemplaires. 

Tribouley-JPG

Bu frais, ce qui s’impose encore plus avec l’été qui frappe à la porte, le vin vous saute au gosier. Toujours cette merveilleuse acidité du cépage qui se met en avant pour vous réjouir le palais. Mais cela se passe avec finesse, dans un joli cadre de petits fruits sauvages, non sans justesse, pureté et tendresse au point que l’on en oublierait même que ce vin affiche 14°. Inutile de dire que l’on écluse la bouteille en moins de deux, sur une belle côte de porc, par exemple, mais mieux encore, sur une darne de bonite grillée tel un pavé de bœuf. La bouteille de ce Vin de Pays des Côtes Catalanes (un de plus !) 2008 est vendue 13 € départ cave.

Michel Smith


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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 12:00

S’il y a des vignerons que j’aime particulièrement, ce sont ceux qui attachent de l’importance au passé, sans pour autant agir en rétrogrades. Pas de culte exagéré pour le temps jadis, mais une reconnaissance envers ceux qui ont permis aux générations de léguer une histoire, de se succéder sur une terre travaillée à la sueur des ancêtres.

Le domaine Bertrand-Bergé, à Paziols (ICI), aux confins des Corbières et du Roussillon, est de ceux-là, de ceux qui défient le temps de génération en génération, de ceux qui font que l’on traverse le perpétuel, en quelque sorte. Je sais que ce genre d’observation va en énerver plus d’un, mais tant pis. Je persiste et je signe: oui, le passé a du bon. Surtout quand il a été planté de Carignan.

Nous sommes à la croisée des chemins, dans une zone sauvage balisée par les ruines cathares et les murets de pierres sèches. Un paradis viticole où l’on peut vinifier du Rivesaltes dans toutes ses déclinaisons, du Muscat de Rivesaltes, du Corbières, et surtout du Fitou, l’appellation rouge la plus ancienne du Languedoc (1948) puisqu’elle a mon âge.

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C’est pour cette dernière que les guides spécialisés, les bons, s’enflamment un peu plus chaque année après avoir goûté les rouges de Jérôme Bertrand. Fils de Bernadette (Bergé) et de Pierre (Bertrand), acteur émérite de la sixième génération de vignerons bosseurs sur ces terres argilo-calcaires difficiles étalées aux pieds du mont Tauch, Jérôme grimpait sur le tracteur dès l’âge de 12 ans avant de prendre les rênes du domaine en 1993 avec la bénédiction de ses parents, alors que la cave coopérative de Paziols, fleuron des VDN, convolait avec celle de Tuchan. 

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Aujourd’hui marié à Sabine qui, excusez du peu, a fait viti-oeno à Beaune, aidé aussi de sa jeune sœur, Magali, Jérôme Bertrand entretient 33 ha de vignes avec des carignans de plus de 40 ans d’âge en moyenne dont les plus anciens sont largement centenaires. Il est l’un des rares vignerons à en avoir planté récemment, ce qui confirme la foi et la confiance qu’il met en ce cépage. Preuve supplémentaire de cette foi, il lui consacre une cuvée quasi pure, sous le nom de «Mégalithes» prouvant aux adeptes de la syrah en Fitounie qu’ils s’éloignent de l’histoire, et même qu'ils renient leurs ancêtres. Créée en 1998 à l'époque où l'on recommandait encore l'arrachage des carignans, vendanges manuelles, 30 hl/ha en moyenne, tri à la parcelle, égrappage, pigeages, remontages, macération de trois semaines, élevage en cuve ciment durant 18 mois, la cuvée n’en finit pas de chanter le Midi.

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Le 2007 affiche ses vieilles vignes âgées de 70 ans et plus : robe solide, thym frais au nez, petits fruits noirs, rondeur n’excluant pas l’intensité, la finesse et la longueur en bouche, on le boira, à 13° de préférence, dès cet été et jusqu’en 2015. Son prix tourne autour de 10 € et ce vin carignanesque au possible devrait servir de modèle à l’appellation Fitou. Depuis le temps que je le dis !

Michel Smith

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23 mai 2010 7 23 /05 /mai /2010 12:05

Comme dans les pubs de Londres : «Last call, ladies and gentlemen» ! Le dernier verre, le dernier calice…

Dernier arrêt donc dans ce carignesque village qu’est Calce, une commune que je vous ré-invite à découvrir ou redécouvrir toutes affaires cessantes. N’oubliez pas Gauby qui, à défaut de mettre de l’eau dans son vin, y colle pas mal de vieux carignans…

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Jean-Philippe Padié, par lui-même

Face au bistrot du village, le Presbytère, bistrot qui fait d’ailleurs partie d’une chaîne formidable (VOIR ICI) www.bistrotdepays.com baptisée « Les Bistrots de Pays », se trouve la cave de Jean-Philippe Padié, un p’tit gars venu de la région toulousaine un beau jour du début de notre millénaire pour tâter de la vigne sur les marnes et les schistes de ces bords de Corbières. Aujourd’hui, ainsi qu’il le raconte si bien dans son site (ICI), il possède 10 ha éclatés en une trentaine de parcelles. Faut l’faire, comme disait l’ami Fernand !

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Il suffisait d’un « i » bien droit ajouté au nom de Calce pour que naisse un matin sous la douche une cuvée cent pour cent Carignan. Oh, ce n’est pas le genre de vin à ranger au plus profond de sa cave. Juste un de ces p’tits vins juteux et fruités à souhait, à un prix raisonnable (8,50 €) un Vin de Pays des Côtes Catalanes 2009 à boire frais avec les amis un soir d’été autour d’une grillade de sardines fraîchement ramenées d’un petit métier de Port-Vendres, de celles que l’on mange en s’aidant des deux mains pour ne laisser que la tête, l’arrête et la queue. Je parle de la queue, mais si vous aimez la saucisse allez-y !

Et pour accompagnement musical, essayez Archie Shepp. Moi, j’adore.

Bon dimanche estival !

Michel Smith

 

 

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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 12:00

On a gagné !

Vous l’avez peut-être vu ? Moi, je l’ai vu et entendu, puis revu tôt ce matin. Je m’explique. 

Comme tous les samedis matins, je suis allé faire mes course au marché (minable à côté de celui de Narbonne, par exemple, mais ça c’est une autre histoire…), Place de la République à Perpignan. Dans les ruelles du centre ville comme sur les terrasses des bars, il y avait les restes, pour ne pas dire les vestiges, laissés par les supporters du match.

Quel match? Comment, j’espère que vous n’ignorez pas que Perpignan et son club historique, l’USAP, champion de France actuel – il s’agit de rugby, bande d’ignares – rencontrait Toulouse hier soir, son ennemi juré avec Biarritz, dans un stade archi plein, à Montpellier, notre capitale?

Eh bien, c’est l’USAP qui une fois de plus a remporté le match avec vaillance et pragmatisme contre des Toulousains un peu trop dominateurs et faiseurs de fautes. Je sais, vous vous en fichez. Mais c’était tout de même une demi-finale et si Perpignan continue sur sa lancée, nous garderons le Bouclier de Brennus pour la deuxième année consécutive.

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Jérôme Porical : à lui seul, il a marqué tous les points pour Perpignan. Ce sera dur pour Morgan Para de Clermont Ferrand qui affrontera les "sang et or" en finale.

Et le Carignan, là-dedans ? Souvenez-vous de Calce, mon petit village du post dimanche dernier (voir ici) et souvenez vous des vignerons du village. Moi, ils me faisaient penser à une moitié d’équipe catalane de rugby. Mieux, l’un d’entre eux, j’ai envie de dire le premier d’entre eux, en la personne de Gérard, dit Gauby, fut en son temps un vaillant rugbyman et il en a gardé la physionomie parfaite. C’est pour ces raisons que vous qualifierez de stupides, j’en conviens, que j’ai décidé, de nouveau, d’écrire sur le Carignan de Calce.

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Car il y a de la matière à Calce ! Celui-ci est à l’image du club « sang et or » et il est issu de vignes aussi vieilles que l’arrivée du rugby à Perpignan, en 1889. Ce vin porte un nom de prime abord exotique : Matassa, qui est également le nom du domaine. Il est l’œuvre de Tom Lubbe, un gars vaillant venu d’Afrique du Sud  qui a, un peu, le physique d’un pilier des Springboks (il y a aussi des Sud Africains, des Australiens et des Néo Zélandais dans le rugby Catalan…) et qui plus est, le gars est associé à la jeune sœur de Gérard (Gauby), Nathalie, avec laquelle il vit… au-dessus de l’ancienne cave occupée par son frère à ses débuts. Le couple Nathalie-Tom a aussi un autre associé, Sam Harrop, mais c’est une autre histoire.

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Tom Lubbe : pilier ou première ligne ?

Matassa, donc. Non, ce n’est pas un cri de guerre Zulu. Matassa (www.matassawine.com) est un mot catalan qui désigne un sous-bois dense. Et Tom revendique cette identité au point de préférer la mention Vin de Pays des Côtes Catalanes à celle de l’appellation Côtes du Roussillon. De même qu’il revendique la biodynamie (Ecocert), les vendanges manuelles, le tri, etc. Le millésime goûté est le 2008, un rouge pourpre foncé qui tâche, un nez sauvage, chaleur et puissance en bouche avec une belle trame et des tannins bien mûrs. Comme beaucoup de ses frères, c’est un vin que l’on peut volontiers boire dès aujourd’hui tout en sachant qu’il sera superbe d’ici 10 ans. À moins de ne garder le flacon pour célébrer la victoire que j’espère proche. Son prix est de 30 €. Je sais, on va me dire que c’est cher… mais il s’agit là de petits rendements dans un vignoble presque montagnard. Et puis, j’ai de plus en plus tendance à penser que nous sommes, par endroits dans le Sud, un peu comme la Bourgogne, avec des poches, parfois même des clos, de vignes donnant des choses extraordinaires en très petite quantité.

Par la force des choses, ce qui est rare est cher…

Michel Smith 

 

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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 09:34

C'est quoi au juste une fête autour du vin ?

Un orchestre de bénévoles qui soufflent dans des cuivres fatigués et qui tambourinent à tout va, des gens de bonne humeur qui déambulent le verre à la main, des enfants qui courent joyeux, des vieux qui éclusent leurs souvenirs, des sourires échangés, des marchands d’amandes et d’huile d’olive du pays, un restaurant qui reste ouvert un jour de fête chômée…. Une fête du vin, c'est que du bonheur !

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Je rentre tout juste de la joyeuse fête du vin à Calce, fête baptisée « Les Caves se rebiffent », la cinquième du nom et un monde fou. Monter à Calce est un peu comme s'extraire du stress de la ville : sur la place, au pied de l’horloge, je retrouve les charmes du vieux village où tout le monde s’interpelle. Merci au maire, Paul Schramm, ancien prof de l’école hôtelière de Perpignan, défenseur ardent des vignes patrimoniales, de s’occuper avec autant de ferveur de la préservation de l’âme de ce village vigneron dont la notoriété ne cesse de croître.

À ce stade, quelques questions et réponses s’imposent …

-Primo : C’est où Calce ? Au bout du monde et tout de même assez proche de Perpignan, à 20 km environ. Faut passer par l’aéroport, Peyrestortes, puis par Baixas (prononcez « bachas ») ou alors, via Saint-Estève.

-Deuxio : Pourquoi Calce ? Because « Calcinaires », la cuvée « ordinaire » de Gauby, prénom Gérard. On y va parce que c’est lui qui a mis le nom de Calce sur la carte vigneronne du Roussillon. On y va parce que Calce veut dire calcaire et que ce dernier par endroits affleure le sol. Mais comme le territoire de Calce est assez vaste, on y va aussi pour sa diversité d’expositions, de terroirs, ses zones de schistes, ses poches de microclimats souvent froids puisque c’est de là que vient la « Petite Sibérie, » cuvée mythique d’Hervé Bizeul.

-Tertio : Et le Carignan dans tout ça ? Eh bien, dans ces terres essentiellement argilo calcaires où terrasses et coteaux tutoient la garrigue, le Carignan est en son royaume. Il est présent dans quasiment tous les vins rouges et compose parfois l’essentiel d’une cuvée. 

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C’est le cas de ce «Pilou», cuvée cent pou cent Carignan de Calce. Son auteur, Olivier Pithon, sieur d’Anjou, va bientôt fêter ses dix ans d’installation sur le territoire de cette commune. Hormis son grand frère, Jo du Layon, mis à part son entrée à Calce via la cave de Gérard Gauby, son mentor en matière de vin, c’est Stéphane Derenoncourt, l’autodidacte vinificateur de Saint-Émilion qui lui a fait comprendre qu’amour et plaisir font partie intégrante de la vie vigneronne.

Franchement, Olivier ne fait pas partie de la secte des grands bavards, et c’est tant mieux ainsi. Car on se prend à penser que plus on le fréquente, plus il vous jauge à petites doses, et mieux il vous laissera pénétrer l’univers de ses vins. J’aime quand le personnage est mystérieux et que l’on prend du temps à aller à sa rencontre.

Sur son site (ICI), le gars se  souvient de son premier jour passé dans ses vignes de Calce, en compagnie d’un Carignan planté en 1940 par un dénommé Saturne. Peut-être le plus beau jour de sa vie. Aujourd’hui, on peut rencontrer ce vigneron sensible arpentant barbe au vent son vignoble bio en épandant ses tisanes de prêle ou d’ortie. J’ai découvert ses vins en 2004 à l’occasion de la première édition des « Caves se Rebiffent » et, après en avoir fait une sorte de coup de cœur dans le hors série vins de Cuisine & Vins de France du même millésime, je redécouvre avec bonheur sa production.

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«Pilou» 2007 est un réel bonheur car il met en vedette des carignans - certains centenaires - plantés sur schistes et sur calcaires. On sent qu’Olivier vénère ces vieux ceps et le jus qu’il en tire. L’élevage, plusieurs mois en demi-muids, est des plus soignés. Il en résulte un 2007 tout en profondeur et en complexité qu’il convient de boire à température cave, 14 ° maximum. On pourrait alors le croire réservé, mais il n’en est rien, bien au contraire puisque, au bout de 5 minutes dans le verre, le vin jubile avec grâce dans le palais offrant toute la palette de parfums sauvages rencontrés lors de flâneries sur les sentiers vignerons de Calce. Certes, le flacon n’est pas donné, mais il est rare. Et tellement beau que l’on est prêt, en se cotisant à plusieurs fondus carignanisés, à supplier le vigneron pour qu’il nous en mette quelques magnums de côté. Que ne ferait-on pas pour l’amour du vin ?

Michel Smith

 

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1 mai 2010 6 01 /05 /mai /2010 14:57

Les Autres… Avec un A  majuscule, if you please.

En voilà un joli nom pour une carignanesque cuvée. Celle-ci émane une fois de plus des Corbières, mais comme le cru local n’a pas jugé bon d’accorder au Carignan la part belle qui, selon moi, lui revient au sein de son appellation, ce corbières-là ne peut se prévaloir du nom Corbières. En conséquence de quoi, il se nomme Vin de Table («Entre nous, c’est le "vin de verre", plaisante Sophie», son "auteure") et, elle a raison, c’est bien mieux ainsi.

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Car, au final, n’est-ce pas, c’est le nom sur l’étiquette qui compte le plus. On baptise un vin un peu comme on baptise un enfant. Alors «Les Autres…» ? C’est presque comme un titre d’ouvrage, une fresque romanesque, qui ouvrirait grandes les pages de l’aventure et de l’amitié. Un remerciement franc et fort bien illustré à tous les amis et membres de la famille qui, chaque année, donnent un coup de mains à ces vignerons de cœur qui s’accrochent, vaille que vaille, à la garrigue. Les Autres font cela à leur manière, avec leurs moyens, d’une façon ou d’une autre, soit en assurant le casse-croûte, soit en lavant les seaux, en usant des ciseaux ou en propageant la bonne nouvelle de la naissance du vin.

 

L’œuvre, quant à elle, est surtout celle de Sophie Guiraudon. Œnologue sensible, elle raconte avec justesse et humour (un soupçon d’amour aussi) sur son site les raisons qui l’ont poussée un beau jour à venir s’implanter du côté de l’abbaye de Lagrasse avec son amoureux, Philippe Mathias, qui, de son côté, manage avec brio Pech Latt, le plus vieux domaine bio des Corbières. Une fois de plus, cette rubrique me permet donc de vous présenter deux beaux vignerons, un couple complètement impliqué dans ce sacerdoce qu’implique la vigne du modeste, celle que l’on a oublié, celle qui se meurt, mais qui vous livre un message chaque année, un message qui vous chante un air du genre «Hep ! Toi, restes encore un peu pour t’occuper de moi. Ne m’abandonnes pas, ne vas pas voir ailleurs. Promis, l’an prochain je te donnerai le meilleur de moi-même».

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Comme souvent avec le carignan bien mûr, l’attaque est ici rondouillarde. Puis le vin s’impose naturellement par son allure, son gras et sa puissance. Il se dessine vite par une sorte de raffermissement en milieu de bouche. On finit sur une note de jus de grenade et de cerise noire, le tout dans des tonalités de fraîcheur. Dans ce cas précis, il y a même un soupçon de «tannicité» (ne pas confondre avec la ténacité du vin…) qui laisse envisager un mariage facile avec une viande saignante. J’opte pour cette option : une belle grillade, aux sarments de vigne, de préférence (ici, avec les arrachages, on n’en manque pas), genre côte de bœuf à l’échalote (crue, par pitié !) accompagnée de pommes de terre cuites dans la cendre. Pour plus d’infos : www.anhel.fr

... et pour accompagner le vin en musique :

 Michel Smith

 

 

 

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