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POURQUOI CE BLOG?

Ce blog est né de l'heureux hasard d'une rencontre, en 2010, au Salon des Vins de Loire d'Angers, autour d'un verre de rosé de Bourgueil - celui de Pierre Jacques Druet. Il y avait là cinq "plumitifs" du vin. Le rosé aidant, l'idée a germé de créer un espace commun.
Parce qu'à cinq, on peut aborder plus de thèmes.
Parce qu'on peut débattre.
Parce qu'on peut partager. Des coups de coeur, des coups de gueule, de l'expérience.
Et qu'est-ce que le vin sinon une boisson de partage?
De ces cinq, certains sont déjà des blogueurs confirmés, d'autres non.
Comme il y a les 5 sens, il y  a maintenant les 5 du Vin.

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Jim Budd, sujet de sa Gracieuse Majesté, est journaliste pour diverses revues britanniques. Amoureux des vins de Loire, il leur consacre un blog, Jim's Loire, primé en 2009 du Wine Blog Trophy.

Hervé Lalau est un journaliste français écrivant pour diverses revues et sites français, belges, suisses et canadiens. Son blog "Chroniques Vineuses" lui a valu le Wine Blog Trophy en 2010.

Michel Smith, PourLeVin, est un journaliste français établi en Roussillon, travaillant pour diverses revues et guides en France. Il s'intitule lui-même "Journaliste en Vins et autres Plats de Résistance".

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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 00:14
L’intérêt que je porte au Beaujolais est constant et ancien. Le 3 décembre 2008 j’écrivais une «Lettre ouverte aux AA (agréeurs anonymes) pour le renouveau du Beaujolais» Celui que je désignais comme Mister Blond était en fait Jean-Pierre Brun, en butte à ses pairs dégustateurs. Si je me permets de recycler cette vieille chronique, c’est pour dire à ceux qui n’ont pas compris que je me penche sur le «Grand Corps Malade» qu’est le Beaujolais et qui me conseillent de me tourner vers les bons pour trouver la solution: qu’on ne change pas les mentalités ni par décret ni par l’incantation. Je suis chiant, je sais mais c’est mon métier.

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Mademoiselle… dont je tairai le nom

Longtemps je me suis levé de bonne heure pour aller me pencher au chevet de patients – étrange appellation que celle-ci mais pourtant si parlante : personne qui subit – fragiles, mal en point, perclus de maux, sous perfusion, souvent victimes d’une forme d’acharnement économique, inadaptés aux duretés du temps, proches de la sortie, des laissés pour compte de ce que l’on qualifiait de crise alors qu’il s’agissait d’une profonde mutation.

Puis, mes commanditaires, soucieux d’un avenir qui ne semblait pas aussi souriant que certains augures le laissaient entendre, m’ont demandé d’ausculter le Patient France du Vin. Pendant une année, j’ai observé les symptômes pour les analyser, poser un diagnostic et, comme le disent les praticiens, je me suis efforcé de proposer un protocole efficace pour le traitement, seul d’abord, puis avec des confrères.  Sans «revendiquer» l’appellation non contrôlée de «spécialiste», permettez-moi tout de même de mettre mon grain de sel dans une histoire dont raffolent les normalisateurs papivores dont vous êtes un beau spécimen.

Le Beaujolais n’a jamais fait appel à mes « services » et pourtant comme le disait très crument Jean-Pierre Labruyère, en septembre 2007, à la RVF : «La situation est catastrophique. Nous avons la menace d’une crise sociale grave. Près de 45 % du millésime est vendu chaque année sous forme de  Beaujolais Nouveau, en un mois. Il n’y a pas d’équivalent dans le monde. Malheureusement, le Beaujolais est porté par un discours marketing et n’a plus d’image de qualité. Pire, il occulte désormais le marché des crus. Il y a vingt ans, le prix des Moulin-à-Vent était le même que celui des Châteauneuf-du-Pape ou des Mercurey. Aujourd’hui, c’est moins de la moitié. L’interprofession porte une lourde responsabilité dans ce bilan désastreux : elle n’a pas su limiter ses rendements ni contrôler la qualité de ses vins

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Rappelons-nous comme l’écrivait à l’époque Vitisphère : «des prix en chute de 12 à 25%, et des stocks de vin invendu, frappés de plein fouet par la crise. Pour en sortir, l’Union interprofessionnelle des vins du Beaujolais (UIVB) avait présenté un plan d’urgence, avec en aval la distillation de 110 000 hectolitres pour assainir les stocks, et en amont un renforcement des conditions d’agrément, reconnaissant implicitement que 7% à 10% des 1,2 millions d’hectolitres produits ne méritaient pas l’appellation». Alors, permettez-moi de vous poser une question simple, mademoiselle… dont je tairais le nom, «qui donc avait agréé ces 7 à 10% de vins indignes de l’appellation?» Merci de me faire parvenir la réponse par retour du courrier.
Aujourd’hui ce qui m’amène à fourrer mon nez, dont je regrette qu’il ne soit pas aussi prestigieux que celui de mon ami Jacques Dupont Merveilleux du Vignoble, dans un dossier où, mademoiselle…dont je tairais le nom «On servit, pour l'embarrasser, En un vase à long col et d'étroite embouchure. Le bec de la Cigogne y pouvait bien passer ; Mais le museau du sire était d'autre mesure.»*, c’est que, sans doute, pour faire oublier les errements du passé, voici qu’en compagnie des mêmes dégustateurs, type passoire à gros trous non modifiée, vous avez fait plié un original, appelons-le par commodité Mister Blond, vous l'avez obligé à passer sous les fourches caudines de votre prétendue «typicité», pour lui montrer que le nouveau Q de la vieille dame qui vous emploie s’assied sur le jugement des seuls qui vaillent en définitive: les clients de Mister Blond, dont horreur et abomination certains sont d’ «affreux» états-uniens, qui plébiscitent son vin dont la seule destination, d’après-vous, à la suite de votre décision souveraine, sera la même chaudière où les 7 à 10% agréés par vos soins auraient du être jeté sans autre forme de procès.

Moi qui ne suis, selon certains beaux esprits de vos amis, qu’un stipendié des «vins industriels», c’est avec un plaisir non dissimulé, un esprit de dégagement hors norme, que je prends le parti de la cause de tous les Mister Blond.  Je ne vais pas m’appesantir sur le fond de l’affaire car, je l’espère, vous en maîtrisez parfaitement les tenants et les aboutissants. Cependant, je vous recommande, miss de dont je tais le nom…, la lecture de la chronique «A Beaujolais Maker’s Pain»  du 24 mai 2008, publiée sur le blog d’Eric Asimov du New York Times «The Pour».  http://thepour.blogs.nytimes.com/2008/05/20/a-beaujolais-makers-pain/   ainsi vous pourrez constater que vous participez, avec un brio inégalé, à donner de notre patrie l’image d’un vieux pays perclus de bureaucrates obtus. Ça me déplaît profondément, car je fais parti de ceux qui pensent que tout système a besoin de règles et, bien sûr, d’une autorité indépendante pour les faire respecter. Mais que diable, avant d’aller chercher des poux dans la tête de Mister Blond, faites-moi la grâce de consacrer tous vos efforts à virer les vins de ceux qui rallongent la sauce.  
L’acharnement dont vous avez fait preuve, signe d’une certaine forme de désarroi, car je suis sûr de votre intégrité, est d’autant plus étrange qu’il se situe dans le cadre d’un système décrié, condamné, réformé et qui n’a plus court. Croyez-vous vraiment, personne ne vous demande de battre votre coulpe ou d’aller à Canossa, que l’agrément des 300 hl de Beaujolais de Mister Blond ajouterait au «discrédit» jeté par certains sur cette belle appellation que j’ai toujours défendue ?  La réponse est clairement non !
Bien au contraire, vous auriez donné un signe, non de bonne volonté ou de laxisme, mais d’intelligence aux amoureux du Beaujolais. Que les vins de Mister Blond soient différents, atypiques, fruit de l’esprit d’un vigneron curieux et inventif, ne constitue pas une tare, un boulet supplémentaire pour le Beaujolais, mais un plus pour capitaliser de la notoriété. Dans ma vie antérieure, lorsque je tenais les manettes, que j’exerçais sur vos prédécesseurs la tutelle, que n’ai-je entendu plaider pour que nous tolérions les « agréments sociaux ». Dans le cas présent ce que je plaide, moi, c’est un « agrément économique et commercial ». Le juge de paix, que vous le vouliez ou non, ce n’est pas vous et votre quarteron d’agréeurs anonymes, mais ceux ou  celles qui, après avoir apprécié les vins de Mister Blond,  en redemandent. La toute puissance de la médiocratie nous plombe. De grâce, accordez à ceux qui précèdent le gros du peloton les exceptions qui confirmeront la sacro-sainte règle pour laquelle vous avez dédiée votre vie administrative. Ne prenez pas la vivacité de mon propos pour de l’ironie facile mais comme l’expression de mon exaspération face à une situation qui perdure depuis des années.  
Mon ire à votre endroit peut sembler bien inutile dans la mesure où ce que j'évoque est une affaire classée. Demain sera un autre jour m’objecterez-vous puisque le système d’agrément change. Fort bien, j’en prends acte. Cependant je doute que la liberté et les pratiques de certains vignerons atypiques puissent entrer dans votre moule étroit. Les interrogations et les craintes de Claire Naudin-Ferrand, en attestent. Allez-vous continuer de pourrir la vie de gens qui font bien leur métier, vendent bien leur vin, ne demandent rien à personne, au nom de l’application étroite de textes purement normalisateurs ? Je le crains. Si tel était le cas, la seule voie de sortie de beaucoup serait de quitter votre carcan, de refonder le système sur les principes qui ont été ceux des origines de l'AOC. Je rêve me direz-vous. Bien moins que vous ne le pensez...
  
Voilà,  mademoiselle... dont je tairais le nom, j’en ai fini de mon ouvrage et vous prie d’agréer les salutations d’un simple praticien en semelles de crêpe, arpenteur des fins fonds de la France des vignes et du vin, qui appelle de ses vœux qu’en son beau pays l’essentiel prime enfin sur l’accessoire et que, comme au temps des pionniers de l’AOC, les vignerons gardent la main sur la règle qu’ils se sont librement donnée et qu’ils respectent leur patrimoine commun qu’est l’appellation. Bien à vous...

Jacques Berthomeau

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Published by les5duvin - dans Un peu d'histoire
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commentaires

Michel Smith 23/03/2010 16:14


J'y compte bien... d'autant que ce ne serait pas le premier article ni le dernier.


mauss 23/03/2010 09:14


En acheter, et le faire savoir : c'est peut-être un bon début ?


Michel Smith 22/03/2010 10:22


Pas question de verrouiller la parole, Jacques. Surtout pas ici où tous les avis sont bons à donner. Continuons le combat. À quand une petite virée dans mon pays d'adoption. Je te ferai goûter mon
petit vin de pays, un carignan qui a l'esprit frondeur d'un beaujolais. Tout cela me donne très soif !


Berthomeau 22/03/2010 10:05


Merci Michel, l'histoire des diplomes pas avec moi, comme je le souhaitais tu contribues mais nous qui sommes des gens de plume il nous faut laisser de l'espace à ceux qui n'ont pas l'habitude de
s'exprimer. Si on verouille trop vite la discussion c'est ce qui arrive.
L'important comme tu l'écris c'est d'abord de redonner confiance.
Bien sûr y'a beaucoup de bon Beaujolais sur le marché et les consommateurs chers au coeur d'Hervé peuvent trouver facilement chaussures à leurs pieds et prendre leur pied.


Michel Smith 22/03/2010 08:37


À celui qui se penche sur le "Grand Corps Malade" qu'est devenu le Beaujolais en l'espace de 20 ans et plus, je ne préconise pas de se tourner vers les seuls bons vignerons des collines qui ont
l'heur de plaire aux vilains dégustateurs patentés dont il m'arrive de croire que je fais partie. Le Beaujolais a plus d'un Brun dans son escarcelle. Il a aussi quantité de petits vignerons qui
cultivent leurs vignes avec amour. Depuis près de 40 ans je ne me suis pas privé de parler de leurs vins et de les encourager sur le terrain. Après tout, ce n'est que mon rôle.
Et quantité d'autres viticulteurs (plus que vignerons) qui, comme dans toutes les régions, font leur métier avec moins de passion et d'enthousiasme pour satisfaire l'instinct du fric vite et bien
gagné. Même si ce n'est pas une solution, qu'y a-t-il de mal que de dire que c'était une erreur stratégique que de penser qu'il fallait tout faire pour porter la vague à succès du Nouveau ?
Parfois, comme toi, Jacques, il fat dire les choses en face et cela fait près de 30 ans que certains d'entre nous tirent dans le vide la sonnette d'alarme.
J'aime le Beaujolais et même le Beaujolais nouveau ou primeur, mais j'ai toujours été effaré de voir avec quelle insistance les officiels du Beaujolais ont poussé ou laissé faire les gros
rendements et les grosses plantations. Seul le négoce en a profité puisqu'il disposait de pléthore de matière première plus ou moins bonne et à moindre prix. Cette prospérité aussi éphémère que
passagère, exactement comme dans le Muscadet, dans le Bordelais et dans le Languedoc, a conduit à la catastrophe. Faudra-t-il que cela arrive en Champagne pour que l'on réalise que la
surproduction, en matière agricole, est la véritable plaie du marché ? Je sais, je n'ai pas de diplômes et mon passage dans le monde du vin n'a pas marqué les esprits. Ce que je dis-là n'a rien
d'extraordinaire. Mais je pense qu'il faut d'abord, avant de donner des solutions que je n'ai pas (hormis le retour à la rigueur qualitative qui permettra de regagner la confiance), tenter
d'analyser les vraies causes de ce marasme.
Je le redis : Vive le Beaujolais !